Retraite de 10 jours en silence dans un monastère en Thailande (partie 2/3) 

Retraite de 10 jours en silence dans un monastère en Thailande (partie 2/3) 

Me revoilà avec la suite de cette retraite en silence. Pour ceux qui ont loupé la première partie c’est ici. 

La vie en communauté 

Il y a des règles pour cette vie en communauté. Tout est très clair. Au début, j’ai pensé que c’était peut-être un peu trop mais à un moment donné vous appréciez vraiment le fait de ne pas avoir à penser à quoique ce soit. Vous savez ce que vous devez faire ou pas et quand le faire. Pas besoin de montre, la cloche est là pour vous guider d’activité en activité. Attention, pas la cloche horrible de l’école… non une cloche avec un son mélodieux qui sonne pendant un quart d’heure et qui vous emmène avec amour vers votre prochaine destination.  

Les hommes et femmes sont séparés pour éviter les distractions : un coté pour méditer pour les hommes, un autre pour les femmes, pareil pour les repas et les dortoirs. Au début, j’ai trouvé cela extrême. On peut se tenir quand même, nous ne sommes pas des enfants ou des adultes irresponsables… Sauf que, quand on commence à rentrer à l’intérieur de soi, toute distraction extérieure est prise par le mental pour éviter cette descente à l’intérieur. Et le sexe opposé est l’une des distractions dont le mental se délecte. Cela permet aussi d’éviter que des pensées sur la séduction, la sexualité viennent troubler les heures de réflexion sur soi pour s’enfuir vers des fantasmes. De plus, après plusieurs jours, j’ai trouvé que cette vie juste entre femme, me permettait de me connecter à une autre forme de féminité plus intérieure qui ne passe pas par le bijou, où tenue sexy qui bien sur sont pas autorisés hein :) 

Dormir à la dure est aussi une des expériences que nous vivons tous et qui peut vous rendre sensible. Pour ma part j’ai trouvé ça cool mais pour d’autres les nuits sont longues ou courtes… chacune des chambres étaient très sommaires avec seulement une planche de bois avec une natte pour dormir et … luxe ou non ?  un oreiller en bois.  La moustiquaire par contre était vraiment la bienvenue car les moustiques semblent au courant qu’on ne peut pas les tuer et se font un plaisir de vous dévorer. Entre nous, quelques jours plus tard, je regrette le lit et l’oreiller en bois. Une fois habitué, c’est plus confortable qu’on ne le pense ;) 

Prendre une douche est aussi un vrai rituel. Dans chaque dortoir, il y a un grand bassin avec des petites bassines qui permettent de récupérer de l’eau avec laquelle je m’aspergeais.  Je ne pouvais pas me doucher nue, je devais avoir un sarong sur moi et me mouiller avec. C’était assez étrange mais à la fin je trouvais cela génial. Avec cette petite bassine, je ne sentais pas vraiment le froid de l’eau qui tu t’en doutes n’est pas chauffée. On fait cela à la dure ! Mais cela devient presque un jeu. En plus, je croisais souvent les mêmes personnes et même dans le silence tu te fais des copines de douche !  

Il y a aussi les sources d’eau chaude. Oui j’ai bien dit les sources d’eau chaude que tu as le droit d’utiliser deux fois par jours après le petit déjeuner et après le thé. Le paradis. Surtout quand le  corps est tendu suite à autant de méditation. Tout cela se fait bien sûr en silence, mais quel plaisir à s’offrir au milieu de toute ses règles, je ne peux que le recommander.  

Les activités pendant les pauses ne sont pas nombreuses et ne sont pas très variées. Etant donné que nous n’avons pas le droit de nous allonger sur cette pelouse si verte et si tentante, ou de nous réunir pour parler… les activités dans ce lieu commencent à être restreintes. J’ai repérée plusieurs groupes pendant mon expérience.

« Les arroseuses » qui sont les filles qui vont aux sources d’eau chaudes et qui prennent beaucoup de douches. (Dont je faisais partie). Pour moi, l’eau a été une clef pendant la retraite. J’avais le sentiment de me nettoyer, de libérer ma tête, mon corps, mes émotions  à chaque fois que je  passais sous l’eau. Donc, je ne passais pas moins de 5 fois sous l’eau par jour et je buvais 5 litres d’eau.

« Les laveuses » : wouah les pros de la lessive ! Tous les jours des vêtements à laver et une technique différente pour chacune. Je pense que l’expression laver son linge sale dans ce type de lieu est lourde de sens. J’étais parfois fascinée juste en les regardant faire. Celle qui saute dans la bassine, celle qui brosse comme si la tâche était incrustée depuis des années.

Il y avait le groupe que j’ai nommé « les poétiques ». Celles qui pendant les breaks écrivent. Quoi ? Je ne sais pas mais cela semblait bien sérieux : le regard dans le vide par instant et le stylo bougeant frénétiquement quelques secondes plus tard.

« Les arcs-en-ciel » sont celles qui passaient leur temps dans la nature à sourire à regarder les plantes, les papillons, les oiseaux et quand un arc en ciel est apparu dans le ciel le jour 5… c’était la fête. J’ai même cru que nos arcs en ciel lady allaient briser le silence de bonheur. Mais elles étaient belles à voir et leur enthousiasme pour la nature me rendait même un peu jalouse je dois le dire.

Nous étions aussi pendant nos pauses de corvée ; le devoir pour aider la communauté à fonctionner, chacun de nous avait un rôle. J’ai choisi de nettoyer les toilettes. Quand je suis arrivée, je me suis dis que je prendrais la première corvée de la liste …. Voilà. Mais bon finalement, ce n’était pas si dur que cela et en plus j’ai trouvé cela hautement symbolique. Nettoyer sa merde et celle des autres… pas besoin d’en dire plus. J’ai eu bien sur des moments de solitude avec ces toilettes que j’appellerai sinistré et là j’avoue je me suis dis non. Faut pas abuser. Je veux bien nettoyer la merde des autres, jusqu’à une certaine limite. J’ai fermé la porte et condamné le toilette.  

Bref du coup, la vie de la communauté des femmes se passa ainsi jour après jour et c’était agréable de ne pas vraiment avoir à se soucier plus que de cela. Faire sa lessive, dormir, se doucher et repartir en méditation. L’occasion aussi de faire ses activités avec conscience. Avec symbolisme pour chacun de nous. 

Manger ?  

Oui. Mais 2 fois par jour. Par contre, la nourriture est excellente et attention cerise sur le gâteau c’est de l’eau de pluie, de l’eau de là haut que nous buvions. Et ça c’est la classe, c’est quand même quelque chose qui faut savoir apprécier. Le premier repas est le petit déjeuner qui est une soupe de riz. Mais une super soupe de riz trop bonne avec des fruits et le repas du midi et à base de riz avec des curry des légumes des desserts à tomber. Ai-je besoin de préciser que c’est végétarien ?  

Manger à Suan Mokkh est un rituel et toutes les situations basiques de la vie tels que le repas est une occasion d’en apprendre plus sur soi. Alors il y a ce qu’on appelle « les réflexions ». Tout d’abord vous devez attendre que tout le monde soit assis et quand cela est fait vous devez encore attendre. Pour l’estomac qui crie sa faim, je peux vous dire que c’est un peu dur parfois. Il y a donc ensuite la réflexion sur la nourriture. Qu’est ce que manger ? Ce qu’on met derrière les aliments, le lien avec la nature, avec soi ? C’est très intéressant et surtout cela permet de commencer son repas avec plus de calme et de conscience. Tout est fait pour toujours vous ramener à ce que vous êtes en train de faire ici et maintenant. Manger avec conscience : sans trop manger ou sans ne pas manger assez.  

Le silence  

Ah, le fameux silence qui effraie ou qui fascine certain. Dans un contexte où on ne connaissait probablement personne et ou le silence est de mise, il devient presque facile d’être silencieux. Bien sûr, il y a les rebelles qui vont prendre les interviews par exemple comme excuse pour pouvoir parler. Ou certains qui se connaissent et qui chuchotent au coin d’une porte ou d’autres encore qui vont vouloir vous expliquer quelque chose de technique et n’y arrivant pas vont dire un mot. Mais tout cela ce ne sont que des excuses, des situations que le mental crée pour parler un peu. C’est dommage, parce que si le besoin se fait vraiment sentir de sortir des mots vous pouvez chaque jour lire avec tout le monde la réflexion sur la nourriture ou chanter les chants sacrés. Si vous voulez rester en silence c’est aussi tout à fait possible, je n’ai pas prononcé un mot pendant 10 jours. Enfin presque pas ; j’avoue que j’ai sorti un « putain » quand une fourmi rouge m’a mordue !  

Par contre, je vous avoue que j’ai eu une frustration sur le silence mais c’était aussi une belle leçon. Il y a une différence entre être silencieux et être dans le silence. Si en apparence je ne parlais pas, dans ma tête c’était la fête à Dallas. Et par moment, j’avais juste envie de parler pour couvrir le bruit à l’intérieur de moi. Pour couvrir le bruit de mes pensées qui ne me laissaient pas en paix. Mais cela m’a permis de comprendre que quand je commence à parler beaucoup, cela cache chez moi un mental agité que je n’arrive pas à gérer. Au bout de 10 jours de silence j’ai choisi de m’isoler à un moment et de prononcer mes premiers mots avec conscience dans mon coin. Je n’avais pas envie que mes premiers mots me soient volés par quelqu’un pour une question technique.  

Je vous retrouve rapidement avec la dernière partie de cette aventure : conseils et détails de cette aventure.  

Avec amour,  

Laura 



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